Le cadre

Micro, IR, IS : ce que le statut change sur vos chiffres

Le même bénéfice, trois régimes, trois résultats nets très différents. Comparaison chiffrée et seuils à connaître.

Les taux cités ici sont ceux qu'utilise l'outil pour ses estimations. Ils évoluent chaque année et servent à donner un ordre de grandeur, pas à établir une déclaration. Vérifiez les valeurs de l'année en cours et faites valider votre choix par un professionnel : c'est une décision qui vous engage durablement.

Le choix du statut n'est pas une formalité administrative à expédier. Il change le montant qui vous reste, votre protection sociale, ce que vous pouvez déduire, et la façon dont un financeur regarde votre dossier.

1. Deux questions, pas une

On confond souvent deux décisions distinctes.

La forme juridique
Entreprise individuelle, EURL, SASU, SARL, SAS. Elle détermine la responsabilité, la gouvernance, l'entrée d'associés.
Le régime fiscal
Micro, impôt sur le revenu au réel, impôt sur les sociétés. Il détermine comment le bénéfice est taxé.

Les deux sont liées mais pas confondues : une EURL peut être à l'IR ou à l'IS, une entreprise individuelle peut relever du micro ou du réel. C'est le régime fiscal qui pèse le plus sur vos chiffres prévisionnels.

2. La micro-entreprise

Sa particularité tient en une phrase : les cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires, pas sur le bénéfice. Vous payez même si vous perdez de l'argent.

Cotisations sociales en micro-entreprise (valeurs indicatives)
ActivitéTaux sur le CAPlafond de CA
Achat-revente de marchandises12,3 %188 700 €
Prestations de services commerciales21,2 %77 700 €
Activités libérales24,6 %77 700 €

L'administration applique par ailleurs un abattement forfaitaire pour calculer le revenu imposable : vous ne déduisez aucune charge réelle.

Le test décisif : si vos charges réelles dépassent nettement l'abattement forfaitaire, la micro vous fait perdre de l'argent. C'est le cas dès qu'il y a un local, du matériel lourd, un stock important ou de la sous-traitance.

La micro convient à une activité de services à faibles charges, démarrée seul, sans investissement. Elle convient mal à un commerce ou à un atelier. Attention aussi : elle ne permet pas d'amortir vos investissements, ce qui affaiblit le dossier bancaire.

3. Le réel à l'impôt sur le revenu

Vous déduisez vos charges réelles, vous amortissez votre matériel, et le bénéfice qui reste s'ajoute à vos revenus personnels. Les cotisations du travailleur non salarié représentent de l'ordre de 45 % du résultat.

Point important pour la trésorerie : ces cotisations sont d'abord appelées sur une base forfaitaire, puis régularisées l'année suivante. La deuxième année cumule l'appel courant et le rattrapage — beaucoup de créateurs vivent là leur pire mois de trésorerie.

4. L'impôt sur les sociétés

La société est imposée séparément de vous. Le bénéfice supporte 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % au-delà. Votre rémunération est une charge déductible qui réduit ce bénéfice.

L'IS ouvre un pilotage impossible ailleurs : vous décidez de la part que vous vous versez et de celle que vous laissez dans l'entreprise. Ce qui reste n'est pas soumis à vos cotisations personnelles et finance la croissance.

5. Le même projet, trois régimes

Une activité de services. Chiffre d'affaires : 80 000 €. Charges réelles hors rémunération : 20 000 €. Le dirigeant souhaite se verser 30 000 €.

Comparaison à titre indicatif
Micro (service)Réel à l'IRIS
Chiffre d'affaires80 000 €80 000 €80 000 €
Charges déduites0 €20 000 €20 000 €
Rémunération déduite30 000 €
Base de calcul social80 000 € (le CA)60 000 € (le résultat)30 000 € (la rémunération)
Cotisations sociales16 960 €27 000 €≈ 13 000 €
Bénéfice imposable société30 000 €
Impôt sur les sociétés4 500 €
Reste dans l'entreprise25 500 €

Ce tableau ne désigne pas un gagnant, et c'est justement l'intérêt de le regarder. La micro paie ses cotisations sur 80 000 € alors qu'elle n'a gagné que 60 000 € : elle est pénalisée par ses 20 000 € de charges non déductibles. Le réel à l'IR taxe l'intégralité du résultat, que vous l'ayez sorti ou non. L'IS sépare ce que vous prenez de ce que vous laissez — avantageux si vous réinvestissez, moins si vous avez besoin de tout sortir, car les dividendes subiront ensuite leur propre imposition.

6. Comment trancher

Une heure chez un expert-comptable avant l'immatriculation coûte peu et évite des années dans un cadre inadapté. Arrivez avec votre prévisionnel chiffré : c'est sur vos montants réels que le conseil devient utile, pas sur des généralités.